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Éditorial

Sahel : La nuit est longue, mais à l’horizon, nous voyons arriver une aube nouvelle

Il est des moments où le silence pèse plus lourd que les chaînes. Des heures où l’obscurité semble avoir définitivement vaincu la lumière. Dans cet espace sahélien qui est le nôtre, nous traversons l’une de ces nuits. Une nuit où l’on n’ose plus parler de restriction des libertés, car la liberté elle-même est devenue un mot que l’on chuchote, un crime que l’on expie.

Chers lectrices et lecteurs de Sahel Horizon, nous écrivons ces lignes depuis l’exil, le cœur serré mais la tête haute. Nos fenêtres donnent sur des horizons étrangers, mais nos regards restent fixés sur cette terre burkinabè, sur ce Sahel si beau, que nous aimons d’un amour meurtri. De là-bas, nous parviennent des nouvelles qui glacent le sang. L’État de droit, ce rempart contre l’arbitraire, est banni. La démocratie, imparfaite mais vivante, est indexée comme la source de tous nos maux, assassinée au nom de la sécurité.

Que reste-t-il d’un pays qui décide de brûler les livres et de bâillonner ses fils les plus méritants ? Que reste-t-il quand des journalistes, des défenseurs des droits humains et lanceurs d’alertes sont arrachés à leur domicile pour ne jamais revenir ? Que reste-t-il quand la société tout entière est militarisée, transformée en une vaste caserne où l’ordre du silence est la première des consignes?

Nous avons vu des Burkinabè, des Nigériens et des Maliens fuir leurs terres. Nous avons vu des lanceurs d’alerte réduits au silence. Nous avons vu le vrai et le faux se mêler dans un tourbillon de propagande, où le mensonge, répété en boucle par des officines aux ordres, finit par prendre l’apparence de la vérité. Ce n’est plus un régime qui gouverne, c’est une forteresse assiégée qui verrouille ses portes de l’intérieur, prenant ses propres citoyens pour des ennemis.

C’est précisément parce que la nuit est si noire que nous allumons cette lampe qu’est «Sahel Horizon». Sahel Horizon n’est pas un simple média de plus. C’est un acte de résistance. C’est un outil de combat, c’est un phare dans les ténèbres créées par les juntes du Sahel. Il est notre caillou dans la chaussure de l’oppresseur, notre grain de sable dans la machine de guerre contre nos peuples. Sahel Horizon veut donner un autre son de cloche dans ce vacarme assourdissant de la désinformation et des fakenews. Nous refusons que l’histoire du Sahel soit écrite par les seuls vainqueurs du moment, ceux qui confondent autorité et autoritarisme.

Nous puisons notre force dans l’héritage de celles et ceux qui ont lutté avant nous, sur cette terre et ailleurs. Leur sueur, leur sang et leur encre irriguent chacune de nos lignes. A Sahel Horizon, nous faisons notre la dignité inébranlable de ceux qui, même dans le cachot, tiennent leur tête haute et refusent de haïr. Mandela est dans nos plumes. Il y a cette conviction prophétique qu’un jour, malgré les canons et les sabres, la liberté, la paix et la justice finiront par déborder au Sahel, comme les eaux du fleuve Sourou, du fleuve Niger et du Djoliba, au moment de la saison des pluies. A Sahel Horizon, le combat de Martin Luther King nous parle. Il y a ce courage qui pousse à dire la vérité, debout, jusque dans la gueule du loup, au péril de sa vie. Il y a cette intégrité absolue, celle qui fait qu’un dirigeant vit simplement pour que son peuple vive dignement, et qu’il meurt parce qu’il refusait la compromission. Sankara est à nos côtés. Il y a, plus près de nous, le testament le plus précieux : le prix du sang versé pour la liberté d’informer, une tombe qui ne cesse de nous crier de creuser le sillon. Norbert Zongo nous inspire. 

Il y a aussi la mémoire. Cette sagesse essentielle qui nous rappelle qu’on ne construit rien de grand dans le mépris du passé, et que pour savoir où l’on va, il faut d’abord regarder d’où l’on vient. Il y a la fierté des valeurs endogènes, la science qui désarme la propagande, et cette vérité inaltérable : un peuple ne se libère vraiment qu’en se réconciliant avec sa propre histoire. Vous l’avez deviné, Ki-Zerbo et Cheickh Anta Diop sont dans nos veines.

Il y a, enfin, la conscience. Celle de nos peuples qui se dressent seuls contre un appareil d’État, qui croit qu’aucun crime, aucune injustice, aucune dictature ne résistent longtemps à la lumière publique.  Ces héritages, non exhaustifs, sont notre armure. Ils nous rappellent que notre combat n’est ni nouveau, ni vain.

Face à ceux qui veulent une société caserne, nous voulons une société citoyenne.

Face à la propagande, nous opposerons les faits.

Face au mensonge, nous opposerons la rigueur de la vérité.

Face à la peur, nous opposerons la plume.

Nous serons la voix de ceux que l’on a bâillonnés. Nous serons les yeux de ceux que l’on aveugle avec des fausses nouvelles. Nous défendrons l’État de droit parce que sans lui, il n’y a que la loi du plus fort. Nous défendrons la justice parce qu’elle est la sœur jumelle de la paix. Nous défendrons les droits humains parce qu’ils sont universels, intangibles, et qu’ils ne se négocient pas à la kalachnikov.

À nos compatriotes restés là-bas, à ceux qui subissent l’arbitraire au quotidien, à la jeunesse qu’on embrigade, aux femmes qu’on méprise, aux anciens qu’on humilie, à tous ceux qu’on a contraints à l’exil ou au silence,  nous disons : vous n’êtes pas seuls. Nous savons que le Sahel n’a pas perdu son âme. Elle est juste assoupie. Nous apporterons notre contribution pour la raviver.

Cet éditorial est un serment. Celui de ne jamais pactiser avec l’oppresseur. Celui de dire, encore et encore, que l’on ne construit rien de grand sur la peur et le mensonge. Le Sahel n’est pas un cimetière des libertés. Il renaîtra. Et quand l’histoire passera son jugement, elle saura qui se tenait du bon côté, celui de la vérité, pas de la vérité alternative, pas de la vérité circonstancielle, mais de la vérité des faits. La nuit est longue, mais l’aube viendra. Et nous avons foi que Sahel Horizon sera là, à vos côtés pour l’annoncer.

La Rédaction

Information indépendante et fiable pour la région du Sahel

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