Du « mercenariat » à la trahison des idéaux
Il arrive que le parcours d’un intellectuel en dise plus long que ses concepts. Celui de Franklin Nyamsi appartient à cette catégorie rare où la constance ne réside pas dans les idées, mais dans la capacité à épouser successivement des configurations politiques contradictoires, sans jamais assumer les ruptures. Aujourd’hui, le vernis craque sous le poids de révélations qui dépeignent un système de mercenariat politique empreint de panafricanisme de façade.
2014 : Une rhétorique de disqualification totale
Les archives parlent d’elles-mêmes. En 2014, dans une tribune publiée sur Lefaso.net, Nyamsi développait une lecture radicale de la scène ivoiro-burkinabè. Il y décrivait une prétendue alliance d’« extrémistes » entre opposants burkinabè, notamment les Sankaristes, et partisans de Laurent Gbagbo, accusés de vouloir déstabiliser les régimes de Burkinabè et Ivoiriens.
À l’époque, sa plume était une arme de destruction : il qualifiait les militants pro-démocratie de « hordes d’analphabètes ». Dix ans plus tard, l’ironie est totale : les forces qu’il méprisait hier sont devenues, par un tour de passe-passe idéologique, ses alliés d’aujourd’hui au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES).
L’aveu de Kemi Seba : « L’intérêt du porte-monnaie »
Le masque est définitivement tombé avec les récents « leaks » de Kemi Seba, acteur central de cette galaxie, qui a jeté un pavé dans la mare en confirmant le basculement de ses « confrères ». Le diagnostic de Seba est cinglant : Koné Gbagbo, Nathalie Yamb et Franklin Nyamsi auraient troqué la conviction contre le profit.
« Tout le monde a changé, tout le monde va dans l’intérêt du porte-monnaie », confesse Seba.
Cette révélation dépeint Nyamsi non pas comme un idéologue, mais comme un agent facturant ses services de mise en relation internationale et ses sorties médiatiques, contredisant radicalement son narratif de solidarité désintéressée.
Un idéologue « officiel » sous protection diplomatique
Le panafricanisme de Franklin Nyamsi n’est pas celui de la rue, c’est celui des salons feutrés et des appareils d’État. Alors qu’il fustigeait hier les « juntes » et les « putschistes », (des vidéos virales existent où il remet en cause la crédibilité des président Goita du Mali et Traoré du Burkina), il est aujourd’hui parfaitement intégré au système militaire qu’il prétendait combattre. Il est désormais enseignant à l’École de guerre de Bamako et également membre du Conseil d’Orientation de l’Institut des Peuples Noirs du Burkina Faso, des positions qui font de lui un cadre organique des régimes de l’AES.
Cette proximité interroge sur les privilèges qui l’accompagnent à l’instar de Kemi Seba, titulaire d’un passeport diplomatique nigérien. Il est devenu un fonctionnaire itinérant des pouvoirs militaires, dont la liberté de parole s’arrête là où commencent les avantages de sa fonction.
Avril 2026 : Le grand écart togolais
Le dernier acte de cette comédie humaine s’est joué ce 18 avril 2026 à Lomé. Celui qui, par le passé, n’hésitait pas à égratigner le régime de Faure Essozimna Gnassingbé s’affiche désormais comme la « guest-star » de la présidence togolaise.
Introduit pompeusement comme « Directeur de l’Institut de l’Afrique des Libertés », Nyamsi a participé à la Réunion de haut niveau sur la Nouvelle Stratégie du Togo pour le Sahel (2026–2028). Le voir deviser avec le « Doyen » de l’Afrique de l’Ouest, aux côtés de figures comme Bassolma Bazié, achève de démontrer sa plasticité : Nyamsi est là où se trouve le pouvoir, là où se dessinent les nouvelles stratégies d’influence, peu importe si cela exige de serrer la main de ceux qu’il vouait aux gémonies quelques mois plus tôt.
La responsabilité des producteurs de discours
Le cas Nyamsi pose la question de la responsabilité des intellectuels dans des espaces publics fragilisés. Produire des récits de complot, disqualifier des segments entiers de la société en 2014, pour ensuite se faire le chantre d’un panafricanisme étriqué et opportuniste en 2024, avant de finir en expert « reconnu » par les palais en 2026, participe à la confusion généralisée.
Pour Nyamsi, l’exigence minimale de rigueur et de cohérence a été sacrifiée sur l’autel du confort diplomatique et de l’influence rémunérée.
La fin de la mascarade
La mutation de Franklin Nyamsi, d’agent d’influence de Soro Guillaume, de défenseur de Compaoré à idéologue des juntes du Sahel, pour finir conseiller de l’ombre à Lomé, n’est pas une maturation intellectuelle : c’est une reconfiguration sans mémoire.
L’homme ne parle plus pour le peuple, mais pour ses mandants. Le panafricanisme mérite des penseurs intègres, pas des caméléons de la plume.
Pascal Issouf Traoré
N.B. : Franklin Nyamsi, professeur franco-camerounais également connu sous l’alias “Wa Kamerun Wa Afrika”, est le premier à être ciblé par une mesure de gel des avoirs, prévue dans la loi visant à prévenir les ingérences étrangères en France. Ce gel de ses avoirs en France marque la fin de sa capacité à opérer financièrement depuis le sol européen, le contraignant à un exil vers le Sahel ou les pays pivots comme le Togo.
Avant même les poursuites pour ingérence, Franklin Nyamsi a subi les foudres de son employeur d’origine pour « Manquement grave à l’obligation de réserve » et « atteinte à la neutralité du service public ». Le ministère lui a reproché d’utiliser son titre universitaire pour légitimer des appels à la violence et des insultes contre les institutions françaises et africaines sur les réseaux sociaux. Il a été suspendu puis radié de la fonction publique française.
Entre 2022 et 2024, des plaintes déposées en France accusent Franklin Nyamsi, à travers l’Institut de l’Afrique des Libertés (IAL), de détournement de fonds collectés pour des projets panafricains au profit d’usages personnels, sur fond d’opacité financière, ayant conduit à des enquêtes pour abus de confiance et escroquerie.





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