
Le 3 mai 2026
Informer malgré tout : tel est le défi du journalisme au Sahel
Le 3 mai de chaque année, la communauté internationale célèbre la Journée mondiale de la liberté de la presse. Pour nous, professionnels des médias du Sahel, cette date n’est pas une célébration. C’est un moment d’introspection, de vérité, mais aussi et surtout de résistance et d’engagement renouvelé.
La liberté de la presse au Sahel se meurt à petit feu. Et les chiffres ne mentent pas.
Le dernier classement 2026 de Reporters sans frontières (RSF) est sans appel. Les pays du Sahel figurent parmi les plus mauvais élèves mondiaux en matière de liberté de la presse. Le Burkina Faso (classé 110e), le Niger (120e) et le Mali (121e) étaient, il y a encore quelques années, des espaces où un journalisme imparfait mais vivant existait. Malheureusement, ces trois pays dégringolent à nouveau dans le classement, perdant respectivement 5, 2 et 37 places par rapport à l’année dernière. Évidemment, ce classement n’est pas une surprise quand on sait que, depuis quelques années, le Sahel est devenu un vrai trou noir de l’information et les acteurs médiatiques les véritables cibles d’une haine injustifiée.
Des journalistes sont contraints au silence, à l’autocensure ou à l’exil. Certains ont été réquisitionnés pour, dit-on, combattre le terrorisme et d’autres, malheureusement, kidnappés et portés disparus. Des rédactions ferment. Des voix s’éteignent. L’on assiste, impuissant, à la suspension de médias par décret, à des blocages de signaux, à des arrestations arbitraires de reporters, à l’interdiction de couvrir certaines zones géographiques, à des menaces et intimidations ciblées, ainsi qu’à l’instrumentalisation de la situation sécuritaire pour interdire tout regard critique. Quant aux médias internationaux, ils ont été suspendus ou expulsés. L’espace civique, déjà étroit, se rétrécit chaque jour davantage comme une peau de chagrin. Au Sahel, pratiquer le journalisme et parler de liberté sont devenus des crimes qui valent disparition, emprisonnement, enrôlement dans l’armée ou exil.
Au Sahel, ce n’est pas seulement la liberté de la presse qui est en danger. C’est le droit fondamental du citoyen à savoir, à comprendre et à décider qui est remis en cause.
Sahel Horizon : informer autrement, informer quand même
Paradoxalement, au moment où les voix professionnelles se taisent sous la contrainte, un déluge d’informations non vérifiées, de propagandes habillées en reportages, de rumeurs industrialisées et de fausses nouvelles envahit l’espace informationnel sahélien. Les réseaux sociaux sont devenus des champs de bataille narratifs où se livrent des guerres de perception aux conséquences bien réelles : lynchages médiatiques, haines communautaires attisées, discours extrémistes amplifiés, vivre-ensemble mis à mal…
Pourtant, dans un contexte de crise sécuritaire, de déplacements massifs de populations et de fragilité institutionnelle, la désinformation n’est pas une nuisance abstraite. Elle tue. Elle divise. Elle retarde la paix.
C’est dans ce contexte précisément que Sahel Horizon a vu le jour. Non pas par naïveté ou entêtement, mais par conviction profonde que le journalisme professionnel, rigoureux, éthique et ancré dans les réalités du terrain demeure une nécessité vitale pour nos sociétés. Car, pour reprendre le slogan de L’Évènement — journal d’investigation aujourd’hui fermé par la junte militaire au Burkina — l’information est un droit. Et c’est au nom de ce droit à l’information du public que nous nous sommes donné pour devoir de créer et d’animer Sahel Horizon.
Sahel Horizon est né de l’urgence de combler le vide informationnel et d’atténuer l’impact des fake news, de la propagande et de la désinformation. Nous voulons innover pour toucher des publics que les médias traditionnels, soumis à l’omerta, n’atteignent plus. Les innovations doivent également concerner notre modèle économique pour préserver notre indépendance éditoriale. Nous voulons réinventer les partenariats pour mutualiser les ressources et protéger les journalistes. Nous voulons renouer la confiance entre les médias et les communautés, trop souvent trahies par une information de mauvaise qualité ou délibérément manipulée.
Notre raison d’être est simple et exigeante : honorer le droit du public à une information honnête, vérifiée, contextualisée et utile, même lorsque les conditions sont hostiles. Surtout lorsque les conditions sont hostiles. S’en prendre aux journalistes reviendrait à se bercer d’illusions en croyant que casser le thermomètre fera baisser la fièvre. C’est pourquoi, en ce 3 mai 2026, nous voulons interpeller les acteurs suivants :
- Aux gouvernements des pays du Sahel : Cessez de traiter le journalisme comme une menace. Un espace médiatique libre est un allié de la stabilité. Nous ne sommes pas des adversaires. Nous n’avons aucun agenda caché. Nous ne sommes à la remorque d’aucune puissance. Aucun citoyen n’a, plus que d’autres, le monopole du patriotisme. Levez les restrictions arbitraires. Libérez les journalistes emprisonnés. Engagez un dialogue sincère avec les professionnels des médias pour qu’ensemble nous relevions le défi de la lutte contre le terrorisme.
- Aux partenaires internationaux et bailleurs de fonds : Investissez massivement dans le soutien aux médias indépendants sahéliens. La liberté de la presse est un investissement dans la démocratie et la paix, pas une dépense accessoire.
- Aux organisations de la société civile : Faites du droit à l’information un combat prioritaire, au même titre que les droits humains fondamentaux. Ces droits sont indissociables.
- À nos confrères journalistes : Tenez bon. Documentez. Vérifiez. Refusez la complaisance comme la capitulation. Notre crédibilité est notre seul capital et notre meilleure protection.
- Enfin, au public pour lequel nous travaillons : Exigez une information de qualité. Interrogez vos sources. Refusez d’être les vecteurs involontaires de la désinformation. Soutenez les médias qui travaillent avec intégrité.
En ce 3 mai 2026, Sahel Horizon réaffirme sa foi inébranlable en un journalisme libre, responsable et au service des populations. Nous refusons de choisir entre le silence imposé et l’information toxique. Il existe une troisième voie : celle du journalisme vrai, difficile, parfois dangereux, mais toujours nécessaire.
Les Sahéliens, tout comme les autres peuples d’Afrique et du monde, méritent de savoir. Et nous sommes là pour ça.
Vive la liberté de la presse !
Vive le journalisme indépendant !
Bonne célébration du 3 mai à tous les défenseurs de la liberté.
La rédaction





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